Précisions sur le sujet représenté
A l'aube des années 1860, Rousseau s'adonne au genre particulier des « singeries ». En 1866, il expose au Salon, une toile titrée Il opère seul qui connaît un succès tel qu'elle est reproduite dans le journal L'Illustration du 19 mai 1866. L'esquisse présentée ici est une étude détaillée du décor. L'atelier du photographe tient plus d'un laboratoire : l'unique fenêtre occultée dans la partie haute par une superposition de deux rideaux et des papiers huilés dans la partie basse afin de filtrer la lumière. Cette modeste occultation suffit à laisser passer une lumière jaune diffuse sur tous les objets assemblés. Sur un simple établi de bois, on distingue autour du bac de développement et sur les étagères plusieurs bouteilles de produits chimiques ainsi qu'une cuvette en verre appuyée sur le rebord de la fenêtre. L'entonnoir, également en verre et fixé dans le goulot d'un flacon, se dessine à droite de la casserole dont la queue souligne l'horizontale du châssis de la fenêtre et trouve un écho dans celle du bac et du tiroir de l'établi. ; Ce rare témoignage du laboratoire d'un photographe utilisant le collodion humide, tel que le décrit Maxime Du Camp en 1849 dans ses Souvenirs littéraires, (« fioles de verre, flacons de cristal et bassines de porcelaine ») souligne l'intérêt de Philippe Rousseau, photographe et praticien de cette technique. En effet, le procédé dit « au collodion humide » permet de réduire le temps de pose à environ soixante secondes, mais il présente une difficulté essentielle : après avoir imprégné une plaque de verre d'une couche uniforme de collodion, il est impératif d'effectuer immédiatement l'exposition. Le développement de la plaque de verre négative doit alors se faire sans tarder. Récipients variés, plaques de verre, produits chimiques, chambre noire, l'équipement est considérable. De plus, il faut absolument chasser tout rayon de lumière, et, par conséquent, tout souffle d'air.