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de la Culture
POP | Plateforme ouverte du patrimoineCanard et perdrix
Canard et perdrix
Référence de la notice
M0072004248
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
28 juillet 2025
Date de mise à jour
30 juillet 2025
Rédacteur de la notice
Estelle MOULINEAU
Crédits photographiques
© Estelle MOULINEAU
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
2019.3.1
Domaine
Titre
Canard et perdrix
Auteur
Précisions sur l'auteur
Bordeaux, 1879 ; Paris, 1925
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1920
Genèse
projet de décor
Historique
Léon-Georges Dorignac est né à Bordeaux le 8 novembre 1879, rue Leyteire où résidait sa mère Anna Amaniou, « de père non nommé » selon la fiche d’état civil, mais qui n’était autre que Jean-Marie Dorignac qui le reconnaîtra en 1882. Le berceau familial des Dorignac est Bagnères-de-Bigorre. Dans ce pays de hautes montagnes, les traditions et les légendes se perpétuent de génération en génération. Naturellement simple et croyants, ces montagnards avaient l’imagination nourrie de traditions et aussi d’histoires de sorciers, de revenants et d’apparitions que l’on racontait le soir durant les veillées. On retrouvera plus tard ces légendes et ces mythes dans les grandes compositions décoratives de Georges, le futur peintre. Ses attaches avec sa terre natale et le Pays Basque sont si profondes qu’il n’aura de cesse d’y revenir après la Guerre avec ses gendres, les peintres André Hébuterne et Haïm dit Henri Epstein. Les ancêtres de Georges Dorignac étaient marbriers ou tisserands. Le premier à briser cette longue chaîne fut Jean-Marie Dorignac, père de l’artiste. Il s’installa à Bordeaux dans les années 1870, pour intégrer la Compagnie des Chemins de fer du Midi et du canal latéral à la Garonne. Il épousa Anna Amaniou en 1882 dont il eut quatre enfants, trois garçons et une fille. Les garçons, de santé fragile, furent réformés. Les talents précoces de l’enfant furent détectés à l’école élémentaire. Répondant à l’inclination de son fils, le père le fit entrer en 1892, à l’âge de treize ans, à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux, alors dirigée par Achille Zo, peintre de scènes populaires, de la vie au Pays Basque, de tauromachie et d’orientalisme. Dès la première année d’un enseignement rigoureux, Dorignac remporte une mention pour ses travaux et cinq ans plus tard, en 1897, il reçoit des mains du jury, présidé par Henri de La Ville de Mirmont et composé de Louis Auguin, Achille Zo et Léo Drouyn, les premiers prix de figure d’après le modèle vivant, d’après nature et d’ornement. Ayant reçu les meilleures distinctions des 417 élèves inscrits pendant l’année scolaire 1897-1898, Dorignac ambitionne de conquérir Paris. Il y arrive en 1898, accueilli chez une famille amie, les Lamourdedieu. Installé dans le 15e arrondissement, le jeune homme de dix-huit ans intègre l’atelier de Léon Bonnat à l’Ecole nationale des beaux-arts. Mais le temps des désillusions vint bien vite. Lassé par les conformismes en vigueur, le jeune homme qui avait ses idées et de l’entêtement, décide de quitter l’école et de se lancer dans une carrière de peintre indépendant. De quoi se composait au juste son bagage artistique ? D’une formation à l’Ecole des beaux-arts, de quelques tableaux étudiés dans le musée de Bordeaux, de la richesse des paysages et des histoires gravées dans la pierre des abbayes du sud ouest qui lui serviront de canevas pour l’édification des grands décors qu’il entreprendra à partir de 1914. Paris, à l’aube du XXe siècle, offrait au jeune homme l’occasion de découvrir un milieu propice à la création et lui donnait l’occasion de s’instruire en allant au Louvre étudier les maîtres. En 1900, s’ouvrent l’Exposition universelles et les Jeux Olympiques. Le panorama artistique, en véritable ébullition, est d’une richesse extrême. Peintres et sculpteurs provenant du monde entier trouvent refuge dans un Montparnasse à la fois champêtre et proche du centre urbain. Grâce à l’ouverture de la ligne A du Métropolitain, reliant Montmartre à Montparnasse, cette nouvelle république des arts, propice aux échanges, connait dès lors une vitalité extrême. Dans le quartier de Montparnasse se côtoient peintres, sculpteurs, musiciens et poètes. Fleurissent de toutes parts des cités d’artistes, des ateliers privés, des académies avec modèles vivants et cours du soir. En 1901, Dorignac est réformé pour hypertrophie du cœur, puis déclaré inapte au service militaire pour « gastrite chronique » et enfin écarté définitivement en 1916 pour « faiblesse générale très prononcée et cardiopathie ». Cette même année 1901, le jeune homme regagne Paris où il s’installe à Montmartre avec sa compagne Céline-Berthe Lacoste, jeune veuve, mère d’une fillette de cinq ans, Suzanne, élevée par Dorignac. Entre 1902 et 1910, années d’expérimentation, l’artiste provincial inconnu qu’il est, doit trouver les moyens d’entrer en relation avec des gens influents, rechercher des clients, créer des contacts avec un milieu totalement nouveau pour lui. Parallèlement, il doit assumer la paternité de trois filles, Georgette-Céline, Geneviève et Yvette. En 1907, la famille s’installe à Verneuil-sur-Seine, en pleine campagne. C’est au Clos Rosette, nom de la maison, que se produit un événement terrible pour l’artiste. Mis en confiance par un escroc qui lui achète des œuvres, Dorignac se fait berner par cet homme qui lui dérobe quatre années de production artistique. Ce vol laissa Dorignac sans ressources et totalement désemparé. Ruiné, le peintre doit quitter Verneuil et trouve refuge à la Ruche, dans le « coin des Princes », en 1910. Il va devoir surmonter cet épisode tragique. Dès lors, le grand tournant de son existence s’annonce. Dorignac s’aperçoit qu’il règne à la Ruche une solidarité de cœur extraordinaire. Il aura été l’un des rares Français à tisser des liens amicaux avec ceux qui, ayant quitté leur patrie pour se regrouper en ces lieux communautaires, vont transformer la scène artistique parisienne. La rencontre avec ces ambassadeurs d’innovations étonnantes va lui apporter la révélation d’un art transfiguré dont il n’avait pas conscience. Il édifie alors un art sur des bases plus conceptuelles. Ses recherches l’amènent à une suite d’extraordinaires figures noires. Il compose désormais un registre de visages et de nus noirs extravertis et vigoureux. Il les expose dès 1912 au Salon des Indépendants. Outre ses amis étrangers, Dorignac peut également compter sur d’anciens amis, tels André Derain, Dunoyer de Segonzac et son ami de jeunesse, le Montois Charles Despiau. Grâce à ce dernier, il expose ses œuvres au Salon d’Automne et au Salon des Tuileries. Comme lui, il croit à un idéal dominé par la quête de la beauté et aspire à un univers plastique intemporel où le Beau prime sur tout. Le soutien du céramiste André Metthey a aussi eu son importance. De fait, le peintre et le potier sont à l’unisson pour représenter les nus emmêlés, les animaux, les fleurs et les arabesques venues en droite ligne de la tradition persane à la façon des Sassanides que le céramiste recompose sur ses plats, ses pots et ses pichets. La guerre de 1914 vint interrompre cette effervescence artistique. Beaucoup d’artistes partent au front, y compris des étrangers qui s’engagent pour la France. Ceux qui restent à l’arrière, dont Dorignac, ont la vie dure, d’autant plus qu’en 1915, atteint d’un ulcère à l’estomac, l’artiste est contraint à l’hospitalisation durant deux mois. Remis, il entreprend alors un nouveau tournant dans sa peinture et créé des projets de tapisserie et de céramique qu’il montrera plus tard aux Salons. En 1916, au moment où Verdun est le théâtre de la terrible offensive allemande, la presse dénonce la dérive de l’art français qui a précédé 1914 et l’abandon de ses racines. Désormais, il faut revenir à des valeurs nationales, quitter l’esthétique bohème pour une esthétique plus traditionnelle, retourner aux classique, au monde des cathédrales, au village et aux ciels azurés. C’est le grand retour de la figuration, le fameux « retour à l’ordre ». Les yeux se tournent vers la figure tutélaire d’ Ingres. Dorignac manifeste alors son intérêt pour les décors d’une saveur bien française. Bénéficiant du soutien à la portée considérable d’Armand Dayot, Inspecteur général des Beaux-Arts, il va pouvoir maintenant passer à des créations mûries, exécutées avec toute la réflexion nécessaire pour la réalisation de décors pour céramiques, tapisseries, vitraux, murs et plafonds. Puis vinrent l’Armistice et la paix revenue. Commence alors la deuxième grande période artistique du siècle. Mis à l’abri du besoin par l’achat de ses œuvres par l’Etat, Dorignac retrouve la joie de vivre. Au début des années 1920, il voyage dans le sud, d’abord dans son cher Pays Basque, puis en Auvergne, en Provence, en Corse. En 1925, en pleine effervescence créatrice, et alors que la galerie Marcel-Bernheim lui consacre une exposition, Dorignac est hospitalisé d’urgence. Opéré de l’estomac, il meurt le 21 décembre. On peut donc distinguer quatre périodes dans la carrière de Dorignac : 1901-1911, avec pour thème principal la vie familiale ; 1911-1914 avec les portraits, les travailleurs et les nus ; 1914-1922 avec les projets d’art décoratif ; et enfin 1922-1925 avec le retour de deux thèmes récurrents dans sa carrière, le nu et le paysage.
Localisation
Libourne ; Musée des Beaux Arts et Archéologique