Précisions sur le sujet représenté
La vieille femme, en buste, tournée vers la gauche, coiffée d'une bonnet plat, offre des traits déformés par l'âge; son col ouvert laisse entrevoir une gorge creusée par la vieillesse; elle tient un linge de ses deux poings serrés. Cette silhouette n'est pas sans évoquer la servante de Judith apparaissant dans plusieurs toiles caravagesques du XVIIe siècle, recevant dans le sac qu'elle tient ouvert la tête d'Holopherne (Philippe Malgouyres, com. orale, 1998) : on songe en particulier à la Judith décapitant Holopherne de Caravage (1573 - 1610) conservée à la Galerie nationale d'art ancien, Palais Barberini, à Rome, où se tient, sur la droite, une silhouette analogue. Cependant la nature de notre effigie, simple figure de genre ou bien figure historique (voire allégorique) ne peut être précisée. Cette oeuvre saisissante est à mettre en relation à la fois avec les travaux des artistes caravagesques mais aussi avec le goût de réalisme populaire qui se développe en certains points de l'Italie à partir du milieu du XVIIe siècle avec Eberhardt Keilhau (1624 -1687) ou plus tard Todeschini. Dotée d'une ancienne attribution à Ribera, la toile doit plutôt être restituée à Pietro Bellotti, peintre formé à Venise. Doué d'un véritable 'génie de la décrépitude' selon la formule de Luciano Anelli (1997), on lui doit maintes effigies ainsi marquées par la sénilité. Anelli (com. orale, 2000) a récemment confirmé cette attribution à Bellotti ( la manière et la préparation sont caractéristiques du peintre), même si le fait que le tableau soit exécuté sur deux morceaux de toiles cousues ensemble peut surprendre chez un peintre célèbre et riche, ce qui coïnciderait avec la dernière phase créative de l'artiste, moins 'précieuse' que les précédentes. Cependant, selon Alessandro Morandotti, l'oeuvre ne peut être donnée à Bellotti lui-même (Béatrice Sarrazin, com. écrite, 1998). Notice de Matthieu Pinette