Description
Huile sur toile ; Jill-Elyse Grossvoguel ("Schuffenecker, évolution d'une Symbolique" in Émile Schuffenecker, catalogue de l'exposition de Pont-Aven, Saint-Germain en Laye, 1996/97) distingue trois phases dans l'œuvre de celui que Gauguin surnommait "le bon Schuff" : une première période classique marquée par l'influence de son maître Carolus-Duran (1877-1884) ; une seconde période néo-impressionniste (1884-1890), et enfin une période symboliste de 1890 à 1934. Rochers à Yport est l'une des oeuvres les plus marquantes de la seconde période, dans laquelle il emploie une touche large, plus proche ici de celle de Monet que du pointillisme de Seurat auquel on l'associe souvent. C'est aussi à Monet que l'on pense face à la palette multicolore utilisée ici par Schuffenecker : vert et bleu de la mer, rose et mauve du ciel, orange, ocre, violet, vert et rouge des algues du rocher (on est évidemment tenté de citer ici le texte par lequel Guy de Maupassant décrit le tableau de Léon Chenal dans Miss Harriet (1884), et dont la concordance avec le tableau de Scuffenecker est frappante). Et c'est encore Monet qu'évoque l'audacieux effet de zoom sur l'énorme roche qui occupe tout le côté gauche de la toile (cette aptitude de Monet à faire de saisissants effets de zoom se retrouve par exemple dans Étretat, la plage et la falaise d'Aval, 1884, ou La Manneporte près d'Étretat, 1885), dont la monstrueuse proportion ne peut s'appréhender que par la présence du garçon au béret rouge au premier plan. La tradition locale indique que ce garçonnet serait le fils d'Alfred Nunès, alors maire d'Yport et collectionneur d'œuvres impressionnistes, Robert Nunès, dont Renoir fit le portrait, aujourd'hui dans la collection Barnes (Renoir, Jeune garçon sur la plage d'Yport, 1883, catalogue de l'exposition "Chefs-d'oeuvre de la fondation Barnes", Paris, Musée d'Orsay, 1993, reproduit page 61). Ces rochers d'Yport tiennent une place particulière dans l'oeuvre de Schuffenecker : on les y retrouve dès 1888, en pastel aussi bien qu'à l'huile, sous divers angles de vue, mais jamais avec une telle force de coloris et un tel effet de cadrage que dans ce tableau du musée de Fécamp.