Mesures
Hauteur en cm 166 ; Largeur en cm 187 ; Hauteur avec cadre en cm 185,2 ; Largeur avec cadre en cm 205,7
Précisions sur les inscriptions
h.g : A la peinture noire. Signature soulignée., Léon Comerre / Rome 1877 ; revers : Au pochoir, en blanc., 385 ; revers : A la craie blanche., C 68 ; revers : A la craie blanche., R ; revers : A la craie blanche., 385 ; revers : Au crayon bleu., 385 ; Sur l'objet : Au dos de l'oeuvre.
Description
Huile sur toile ; En 1877, comme envois de 1ère année, [Léon Comerre soumet ] deux figures académiques : Junon et Jezabel dévorée par ses chiens (collection particulière), « deux habiles études de nu » exposées au Salon de 1878 (n° 347 et 348). À côté de la superbe et suppliciée Jézabel, la critique ne remarqua que médiocrement la Junon : « L’éventail de la queue du paon de la déesse lui sert d’auréole. Elle est portée sur des nuages blancs amoncelés. Elle est pleine de lumière et manque de modelé. » [...] Sous le vernis d’une inspiration mythologique, la composition est éminemment subversive. D’abord par la nudité abandonnée d’une reine qui loin de se présenter debout et vêtue en majesté s’offre au regard comme une fille de joie. Nudité remarquée en particulier par le critique Cham qui jugea dans ses Folies parisiennes, recueil de ses critiques des années 1864-1879, (Paris, Levy, 1883, p. 283) qu’elle « devrait bien se parer des plumes du paon puisqu’elle n’a rien d’autre à se mettre ». Point de trône et de dignité, comme le voudrait le caractère hautain bien connu de cette déesse tutélaire des matrones, mais un édredon cotonneux de nuages pour un sommeil lascif. D’autant que son oiseau fétiche ne l’accompagne pas en fidèle serviteur mais la domine. Si pour respecter les convenances la critique la désigna du vivant de l’artiste comme « une Junon d’une beauté olympienne», il faut convenir qu’elle n’a d’olympien que sa beauté. En lui ôtant ses atours et en la couchant sur un lit, Comerre travestit Junon, figure d’épouse digne, en Vénus. [...] Aucune source visuelle traditionnelle ne semble avoir inspiré Comerre pour sa représentation d’une Junon nue, assoupie. Il utilise à l’évidence la pose d’un modèle de l’Académie aux fins de démontrer sa science du raccourci du corps humain. Ce qui n’échappa pas à la critique qui la qualifia d’« habile étude de vue». La mise en situation du modèle et sa position fièrement alanguie donnent à la composition une dimension presque symboliste. La roue du paon, très décorative, dessine à la fois le dossier d’un luxueux trône de style oriental et un nimbe profane magnifiant le corps de la déesse. La forte présence visuelle du plumage jette un trouble dans la représentation. Occupant la totalité de la moitié supérieure de l’espace peint, son demi-cercle devient un élément non plus accessoire et latéral, à la manière de la figure du paon en tant qu’animal favori, mais prédominant et central. [...] Les cheveux de Junon tombant en lourdes mèches ressemblent fort à ceux encadrant le visage de l’actrice Aimée Thessandier dans son portrait signé également de « Rome1» par Comerre (un modèle peut-être ?). Leur dessin sinueux forme contrecourbe avec le cou noir du paon auquel ils s’unissent dans une continuité visuelle, comme si l’oiseau émanait de leur profondeur à la manière d’un rêve. Cette structure savante d’apostrophe noire à deux accroches – bec de l’oiseau et bout de mèche – déjà présente dans l’esquisse (collection particulière) manifeste toute l’attention portée à la construction de la composition. Dans la clarté céleste et lumineuse des bleus et des blancs mastiqués en pâte épaisse, ces cheveux se détachent en un motif fascinant. Ils sont cette « mer d’ébène », ce « noir océan où l’autre est enfermé » célébrés par Baudelaire dans son poème « La Chevelure», ajouté à l’édition de 1861 des Fleurs du mal (Spleen et idéal, poème XXIII). [...] À l’heure des « grandes horizontales », la Junon est bien représentative de l’image picturale de la femme sous la Seconde République, solaire et solitaire, symbolique. La pudibonderie bien-pensante cherchait encore à en dissimuler l’érotisme sous le fatras mythologique. Sidonie Lemeux-Fraitot, extraits de « La Junon de Léon Comerre ou la femme triomphante», in Voyages pittoresques au cœur des collections de Dunkerque 1, février 2021.
Source de la représentation
peinture ; tableau ; portrait ; femme ; nu ; héra ; couché sur le dos ; de trois-quarts ; repos ; paon ; plume ; femme de la mythologie gréco-romaine ; 19e siècle