Précisions sur le sujet représenté
Fondé en 1843, à la suite de l'achat par l'Etat des très riches collections constituées par Alexandre Du Sommerard, le musée de Cluny est installé dans l'hôtel des abbés de Cluny, construit à la fin du XVe siècle et dans les anciens thermes romains du début du IVe siècle. Il se trouve non loin de la rue du Sommerard où Victor Navlet est domicilié dans le catalogue du Salon de 1878. Cette salle est l'un des deux nouveaux espaces consacrés aux émaux aménagés après la transformation de cette demeure de collectionneur en musée entre 1844 et 1850. Ornée d'immenses plaques de Pierre Courtois, elle raconte toute l'histoire des fabriques de Limoges du XIIe siècle au XVIIIe siècle. Mais cette évocation inclut également un choix d'objets très diversifié : meubles, peintures, miroirs, collections de verres, objets religieux, etc. Cette présentation, qui a horreur du vide, obéit à la volonté d'exprimer de secrètes affinités entre les oeuvres, mais aussi à des préoccupations esthétiques et à un souci d'harmonie générale. Dans cette composition qui s'organise autour d'un monumentale cheminée renaissance d'origine troyenne, ce ne sont plus comme dans les tableaux précédents les ors, les fresques ou les marqueteries de marbre qui prédominent, mais le bois dans toutes ses métamorphoses : du plafond à la française au parquet ciré, des lambris aux sculptures, des meubles anciens aux vitrines spécialement créées pour être en accord avec ce passé. Ce tableau est l'occasion pour l'artiste d'une étude de la lumière, diffusée à travers les vitraux ou dont les rais sont directement projetés sur le sol, et de ses variations sur les différentes essences de bois. Il peint l'ambiance chaleureuse de cette journée dans laquelle évoluent ces visiteurs anonymes absorbés par leur exploitation ou occupés à prendre des notes ou à dessiner. Victor Navlet a su parfaitement exprimer l'esprit du temps et l'âme d'un lieu particulièrement emblématique, jalon entre le cabinet de curiosité et le musée. Le souci de vérité et de fidèlité, exprimé dans cette oeuvre lui confère le statut de précieux et rare témoignage iconographique sur la génèse du musée.