La Femme revêtue du Soleil Le Dragon rouge à sept têtes (Chapitre XII, 1-5) Pour cette onzième feuille, Dürer est passé directement au chapitre douze de l'Apocalypse (versets 1-15), évoquant l'apparition de la femme de l'Apocalypse, celle que la tradition chrétienne a toujours identifiée avec la Vierge Marie. Irradiante de soleil, la tête couronnée de douze étoiles et debout sur un croissant de lune, la femme, sur le point d'enfanter, prie les mains jointes et, a contrario du verset biblique (2), attend le moment de la délivrance avec sérénité. La deuxième apparition, ' un énorme Dragon rouge feu à sept têtes et dix cornes, et sur les têtes, sept diadèmes ' (3), occupe majoritairement la partie droite de la composition. Doté d'une ' queue qui balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre ' (4), le monstre protéiforme s'est posté devant la femme en travail et s'apprête à dévorer l'enfant à naître. Le fait que le nouveau né est ' un enfant mâle, [censé] mener toutes les nations avec un sceptre de fer ' (5), a tout naturellement induit une identification avec le Messie. Deux anges mettent le petit enfant hors de la portée du Dragon et l'enlèvent au ciel pour le rapprocher du Seigneur (6). Dürer s'inspire vraisemblablement de l'art funéraire où l'âme, assimilée à un enfant, est emportée au ciel afin de rejoindre le sein d'Abraham. Tel un patriarche, en effet, Dieu le Père, présenté en buste, bénit du haut des cieux la femme, le nouveau-né et les anges qui, dans la joie, contribuent à son enlèvement. La femme de l'Apocalypse reflétant elle aussi la sérénité, est dotée d'une paire d'ailes de grand aigle prêtes à se déployer, et qui lui permettront de s'envoler dans le désert, au lieu où, loin du serpent, elle pourra être nourrie un temps (14). L'ensemble de la composition dégage d'ailleurs une impression de souplesse et d'ondoiement ne donnant aucune prise à l'agressivité du monstre. Ce dernier effectue une nouvelle tentative pour engloutir la femme et tout ce qu'elle représente dans le fleuve d'eau qu'il vomit de sa gueule (15). Il est intéressant de constater que Dürer répond à ce jet immonde par un graphisme quelque peu confus, ' impur ', le seul de toute la feuille. Le Dragon polycéphale pourvu de sept têtes symbolisant les sept péchés capitaux, concentre de toute évidence le plaisir de Dürer à explorer son imaginaire fécond et à traduire par ses inventions formelles, son intense plaisir de créateur graphique.