Chaise

N°Inventaire

OAR 545

Auteur / exécutant / collecteur

Anonyme

Titre

Chaise

Dénomination du bien

Siège

Millénaire

Entre 1870 et 1880

Siècle

2e moitié 19e siècle

Technique

Bois ; ébénisterie ; peinture ; textile

Dimensions

Dimensions inconnues

Description

Chaise capitonnée et peinte.

Inscriptions

A l'encre noire : « OAR 545 »

Historique

Cette chaise a peut-être été spoliée à Madame Andrée Sachs. Elle provient de Karlsruhe, destination privilégiée pour l'envoi d'oeuvres spoliées en France par Otto Abetz. Elle est revenue en France par le septième convoi le 1er juillet 1950. D'après la liste de l'OBIP des oeuvres récupérées en Allemagne, cette chaise est identifiée ainsi : « N° d'inv 138 ; n° allemand : 1077 ; Provenance : 7ème Baden ; Pays ou Epoque : Louis Philippe ; Auteur : néant ; Sujet : Chaise capitonnée ; Matière : bois polychrome » (1). Effectivement, dans la liste d'oeuvres revenues par le septième convoi en provenance de Baden-Baden et à destination de Paris, on retrouve la chaise sous le numéro 1077 : « N° du colis : 32 ; Numéro d'inventaire : 1077 ; Nature de l'objet : [Meuble] ; Désignation de l'objet : Chaise Louis-Philippe ; Provenance : (Kappel Rodeck) » (2). Une note du 4 juillet 1950 concerne les meubles et objets provenant de Kappel Rodeck : « Ces meubles proviennent de Karlsruhe. Karlsruhe a été destinataire privilégié d'envois par trains entiers effectués par Abetz vers des compères (affaire Worch, Hussy and Co). Les meubles supportent donc une très forte présomption de spoliation, d'autant que Karlsruhe s'est gardé de formuler la moindre demande depuis 1945. Nos d'inventaire : [...] 1077 » (3). Le calepin de déballage du convoi arrivé le 10 juillet 1950 confirme la présence dans les locaux de l'OBIP, avenue Malakoff, de la chaise n° 1077, identifiée comme l' OAR 545 : « 32, 1077, chaise capitonnée Louis-Philippe » (4). L' OAR 545 provient donc probablement d'une spoliation faite dans le cadre des actions d'Otto Abetz. L'historique de cette chaise est complexe. En vertu des documents connus à ce jour, il s'articule autour de deux hypothèses distinctes. La première hypothèse se fonde sur deux éléments, une photographie et une étiquette collée sur la chaise. La chaise OAR 545 a été identifiée sur une photographie en noir et blanc d'un salon du domicile de mme Andrée Sachs (5). Sur la photographie, on distingue une seconde chaise identique. Cette personne était domiciliée, après la guerre, 10 rue Saint-Philippe-du-Roule à Paris. L' OAR 545 a été déposé au Garde-meuble « Bedel et cie » puisque l'étiquette suivante figure encore sur la chaise : « le garde-meuble public 18 rue Saint-Augustin, 52 422 Bedel et cie ». Or, madame Sachs avait déposé une partie de son mobilier dans cet établissement. Toutefois, cette adresse des établissements « Bedel et cie » (18 rue Saint-Augustin à Paris) est différente de celle signalée dans le dossier de réclamation de madame Sachs où le garde-meuble Bedel est domicilié 17, rue de Monsigny. De plus, la chaise ne figure pas sur la liste des objets anciens déposés en novembre 1939, par madame Andrée Sachs au garde-meuble « Bedel et Cie ». Les objets de cette liste, enregistrés sous le numéro 75.704, ont été « enlevés par les allemands en octobre 1942 ». L'inventaire des biens de Madame Sachs se trouvait après la guerre au garde-meuble « Bedel et Cie ». Il porte le timbre de la Gestapo (6).Cet historique présente quelques zones d'ombre : pourquoi l'adresse de « Bedel et cie » figurant sur l'étiquette de la chaise est-elle différente de l'adresse inscrite au dossier ? Pourquoi la chaise ne figure-t-elle pas sur la liste des « objets anciens » déposés chez « Bedel » en 1939 par Mme Sachs ? la chaise a-t-elle été déposée au garde-meuble lors d'un second envoi ? Le rapport du septième convoi de Baden signale que la chaise provient de Kappel Rodeck et précise que les meubles de celui-ci viennent de Karlsruhe, ville qui « a été destinataire privilégiée d'envois par trains entiers effectués par Abetz vers des compères (affaire Worch, Hussy et Co...). les meubles supportent donc une très forte présomption de spoliation, d'autant que Karlsruhe s'est gardé de formuler la moindre demande depuis 1945. Numéros d'inventaire: [...] » (7). Un rapport américain d'août 1945 précise qu'entre la fin de 1942 et le début de 1 944, 200 wagons de meubles, appartenant à des juifs, ont été amenés de Paris à Karlsruhe. Cette initiative semble revenir à Otto Abetz et connue sous le nom de « Otto Abetz Aktion ». Arrivés à Karlsruhe, les meubles ont été abrités dans trente-neuf dépôts autour de la ville. Une partie de ces objets était destinée aux victimes des raids aériens sur Karlsruhe ; les objets de valeur étaient dirigés vers Kappel Rodeck, où fut transféré l' OAR 545 (8). Il semble donc que la chaise OAR 545 a été spoliée à Mme Sachs dans un dépôt du garde-meuble parisien « Bedel et cie » et qu'elle a été envoyée par train, dans le cadre de l'action Abetz, à Karlsruhe. La seconde hypothèse s'élabore à partir de l'existence du « numéro allemand 1077 ». il correspond à l' OAR 545 sur les bordereaux préparatoires aux commissions de choix des oeuvres de la récupération artistique. Le bordereau préparatoire aux commissions de choix signale en effet la chaise OAR 545 sous le numéro allemand 1077. Ce numéro se retrouve sur la déclaration de Louis Gautier, domicilié pendant la guerre 3 rue Sellénick à Strasbourg. Ce dernier précise : « pendant l'occupation les Autorités allemandes ont séquestré mon mobilier, dont une partie importante a été acquise par la Vereinigung der Karlsruher Möbelhänder, Association des marchands de meubles de Karlsruhe » (9). En annexe, une feuille intitulée « Mobilier de M. Gautier transporté à Karlsruhe » précise que le numéro 1077 correspond au numéro du séquestre de Strasbourg : « Mobilier acheté par Schafthaule à Offenburg et réparti par lui entre divers antiquaires de Karlsruhe. N° de référence Séquestre de Strasbourg : 1077 ; Désignation du mobilier : 2 chaises ; Date d'achat : 8.1.43 ; Prix d'achat RM : 10- ; Nom et adresse de l'antiquaire de Karlsruhe : (Vögele Kronenstr. 10) ». Les objets en question correspondent à deux chaises (10). Le mobilier séquestré à Strasbourg a été vendu, après les bombardements de la ville de Karlsruhe, à un certain nombre d'antiquaires ou de marchands de la ville de Karlsruhe. Ceux-ci s'étaient constitués en une association intitulée « Vereinigte Karlsruher Möbelhändler » (association des marchands de meubles de Karlsruhe). Cette association purement fictive permettait d'acheter le mobilier spolié aux familles alsaciennes. M. Schafthaule, domicilié à Offenburg, avait été chargé par le chef de l'administration civile en Alsace, de recenser et d'enregistrer les meubles saisis en Alsace. Il achetait également à Strasbourg des meubles sequestrés, soit disant destinés aux sinistrés de Karlsruhe, qu'il répartissait entre les antiquaires de cette ville (11). C'est dans ce cadre qu'il aurait acheté le mobilier de Louis Gautier et plus précisément les chaises, inventoriées sous le numéro de séquestre 1077, puis les aurait revendues à l'antiquaire Vögele domicilié à Karlsruhe, 10 Kronenstrasse. L'un des deux achats a eu lieu le 8.1.1943 et s'est élevé à la somme de 10 RM. L'une des chaises pourrait être l' OAR 545. A l'issue de la guerre, la chaise a été retrouvée à Kappel Rodeck, probablement au château de Rodeck qui appartenait à Fisher. Ce dernier le louait 40 marks par mois à l'Administration de Karlsruhe en tant que dépôt (11). La chaise fut ensuite envoyée au Central Collecting Point de Baden-Baden (12). Elle est rapatriée vers la France par le septième convoi en provenance de Baden-Baden du 1er juillet 1950, à destination du siège de la commission de récupération artistique. Arrivée le 10 juillet 1950 à Paris, la chaise a été examinée lors de son déballage dans les entrepôts de l'OBIP avenue Malakoff le 12 juillet 1950 (13). Cette chaise est alors inscrite sur le bordereau préparatoire aux commissions de choix des oeuvres de la récupération artistique (14). Elle est retenue lors de la sixième commission de choix des oeuvres de la récupération artistique du 29 mai 1951 (15), prise en charge par la direction des musées de France et confiée par celle-ci à la garde du musée du Louvre (département des Objets d'Art) en 1951 (16) et la chaise a ensuite été portée à l'Inventaire OAR (Objets d'art Récupération), établi par Hubert Landais, sous le numéro OAR 545 (17). La chaise est déposée au Mobilier National en 1959 (18) ; elle est rendue au département des Objets d'art du musée du Louvre (19) ; elle est restituée aux ayants-droits de Nissim Samama et Rose Itier le 7 mars 2018.

Commentaire

Champ catégorie renseigné en 2018.

Catégorie

Oeuvre spoliée avec certitude, en l'état des recherches actuelles.

Autres numéros

138 : OBIP. 1077 : numéro allemand.

Marques

Etiquette du Central Collecting Point de Baden-Baden : « N°invent. 1077». Etiquette : « Ameublement complet L.FRAUDET à Paris 99 Boulevard Haussmann ». Etiquette sous la chaise « Le garde-meuble public 18 rue Saint-Augustin, 52422. Bedel et Cie ».

Localisation

Restitué

Etablissement affectataire

Restitué

Notes

(1)SMF, sous-direction des collections, dossier Récupération. (2)MEAE/209SUP429 : liste des objets d'art dirigés le 1er juillet 1950 sur la Commission de Récupération Artistique. (3)MEAE/209SUP429 : note du 4 juillet 1950 sur les objets provenant de Kappelrodeck. (4)MEAE/209SUP429 : calepin de déballage du septième convoi en provenance de Baden-Baden, déballé à Paris le 12 juillet 1950. (5)MEAE/209SUP681 : dossier photographique de Mme Sachs. (6)MEAE/209SUP60 : dossier nominatif de Mme Andrée Sachs. (7)MEAE/209SUP 429 : liste des oeuvres d'art du septème convoi en provenance de Baden-Baden dirigées sur Paris le 1er juillet 1950 , note sur Kappel Rodeck du 4 juillet 1950. (8)MEAE/209SUP235 : rapport américain sur Karlsruhe composé d'un ensemble de lettres, notes et documents. (9)MEAE/209SUP235 B39 : lettre et déclaration de Louis Gautier concernant son mobilier transporté à Karlsruhe le 17 mai 1947. (10) Ibidem. (11)MEAE/209SUP865 : Répertoire des localités allemandes de l'ouest et de l'Autriche ayant un intérêt au point de vue des dépôts d'archives ou d' oeuvres d'art et des personnes mêlées directement ou non au pillage artistique de la France. (12)MEAE/209SUP429 : Liste des objets d'art dirigés le 1er juillet 1950 sur la Commission de Récupération Artistique. (13)MEAE/209SUP429 : Calepin de déballage du septème convoi en provenance de Baden-Baden, déballé à Paris le 12 juillet 1950. (14)SMF, sous-direction des collections, dossier Récupération. (15)AMN Z15 B 1947-1949. (16)MEAE/209SUP528 P227. (17)Musée du Louvre, département des Objets d'art, documentation (DOAL). (18)SMF, sous-direction des collections, dossier Récupération : Arrêté du ministère des Affaires culturelles du 21 août 1959. (19)SMF, sous-direction des collections, dossier Récupération : "Détail sur les OAR déposés au Mobilier national, 29 octobre 2015". (20)SMF, sous-direction des collections, dossier Récupération : Courriel du DOA du musée du Louvre (J. D.) au SMF (T. B.) du 28 août 2015.

Etat de conservation

Bon état de conservation

Date de la dernière mise à jour

2020-05-11

Droits de copie photo

© Réunion des musées nationaux Grand Palais. © Musée du Louvre, département des Objets d'art.

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