Description historique
En 1816, le négociant Jean François Remonnay (1778-1832) est propriétaire des deux bâtiments dessinés sur le plan cadastral (maison E 42 en bordure de la rue et "aisance" E 44 en retrait), ainsi que du jardin au nord-est (E 43). La maison ("à un étage, en bon état") est en 1841 aux mains de son gendre, le marchand de vin Philippe Joseph Bobillier (1810-?), à qui appartiendra en 1876 la maison Rith rue de la Louhière. Elle disparaît dans l'incendie du 5 mai 1865 et est reconstruite l'année suivante par Uldéric Lajeanne, aussi propriétaire des autres parcelles : il s'agit vraisemblablement de Pierre Joseph Uldéric Lajeanne (1840-?), petit-fils de Remonnay et neveu de Bobillier, dont un oncle homonyme (né en 1815) est dit "monteur de boîtes" à Saint-Pétersbourg (Russie). Le bâtiment en retrait est peut-être remplacé en 1888 par un autre à usage de "remise et magasin", édifié pour le négociant Ulysse Maillet-Guy (1841-1890), fils de voiturier originaire de Saint-Laurent-en-Grandvaux (Jura). Les deux constructions sont acquises dans les deux ou trois dernières années du 19e siècle ou au tout début du 20e par le quincailler Francis Pétolat (François Jules dit Francis, 1846-1908), fils d'un forgeron de Morteau. Pétolat semble modifier la maison vers 1902 (construction d'une boutique en rez-de-chaussée sur la moitié gauche de la façade antérieure ?) puis agrandit l'autre bâtiment vers 1907 ("atelier, remise et écurie"). La propriété est reprise, après son décès en 1908, par ses enfants : Georges (1884-?), Henri (1887-1956) et Marie-Hélène (1888-1966), mariée en 1910 avec André Anguenot (1885-1936). Ce dernier est l'un des fils d'Ulysse Anguenot, dont les autres fils dirigent des entreprises horlogères à Villers : Marius (fabrique de La Perrière ou Manufacture Marius Anguenot, 1 et 3 bis rue de la Perrière), Alfred et Gaston (société Anguenot Frères au 5 de la même rue, puis Herma, au 5 rue Pierre Berçot). Les frères Pétolat semblent associés jusqu'en 1908 avec Henri Deleule (qui s'établira au 22 rue de la Louhière en 1925) au sein de la "Manufacture de montres soignées Henri Deleule et Pétolat" puis, cette même année 1908, sont signalés d'un côté Deleule seul, de l'autre la "manufacture de montres soignées en tous genres Pétolat Frères" au 12 Grande Rue (dans le bâtiment sur rue ou dans celui en retrait ?), avec comme précision : "Spécialité de remontoirs 11 lignes Crettiez nouveau. Seuls concessionnaires du calibre sur la place de Morteau". Ces derniers fondent en 1919 à Besançon, avec leur beau-frère Anguenot, la société en nom collectif Pétolat Frères et Anguenot, à laquelle André apporte la propriété du graveur Louis Bernardin (au 7 avenue Denfert-Rochereau), acquise vers 1918 et qui devient son siège social, et Georges en 1922 celle du fabricant d'horlogerie Paul Edouard Benoît (au 19 rue Nicolas Bruand). Les Pétolat cèdent vers 1919 leurs biens mortuaciens au maquignon Auguste Louvet (1881-1950), qui modifie vers 1931 le bâtiment en retrait ("maison, écurie, remise") : sa transformation en ferme date peut-être de cette époque. En ce premier tiers du 20e siècle, cette bâtisse abrite l'atelier d'horlogerie de Virgile Seguin (1882-1947), fils d'Emile Eugène Seguin (1844-?), agriculteur à Saint-Julien-lès-Russey et horloger l'hiver dans sa ferme. Virgile y fabrique jusqu'en 1933 des montres à bon marché, sous la marque Angil. A cette date, il se fait construire par l'entreprise Martignoni une maison (cadastrée aux Fins : 2018 AK 5) en face de la fonderie Obertino, à la limite de la commune des Fins (au 1 route de Morteau) et de celle de Morteau, et développe sa fabrication de montres dans un atelier situé juste à côté (qui, au milieu du siècle, aura pour adresse le 27 rue de la Louhière). Il avait jusqu'en 1934 une participation dans la société des Ets Frankowski et Pierre Seguin, dont l'atelier est au 36 avenue Carnot à Besançon, entreprise fondée en 1929 par son fils Pierre (1904-1968) associé avec Charles Frankowski (1879-?), alors établi à Morteau (au 8 rue Victor Hugo). A la mort d'Auguste Louvet, la propriété est dispersée. La ferme (actuel 18 Grande Rue) est reprise par son fils, également prénommé Auguste. Elle cesse vraisemblablement ses activités au cours des années 1960 (plusieurs garages sont construits au nord et à l'ouest d'elle entre 1965 et 1969) et est convertie en restaurant, ce qu'elle est toujours en 2018. Le bâtiment sur rue est partagé en deux : la partie gauche (actuel n° 22) à la pâtisserie Brixner, tenue par la veuve d'André Brixner née Jeanne David, et la partie droite (n° 20) à Alfred Dornier (le mécanicien Jules Alfred Dornier, père de l'horloger Louis Dornier établi au 7 Grande Rue puis au milieu du 20e siècle au 3 rue Jean Jaurès). Ces deux propriétaires semblent apporter des modifications à cette époque. Divers commerces se sont succédé dans ce bâtiment au fil du temps.