Description historique
Propriété du chapitre, l'hôtel est établi en retrait de la rue Colvestre, entre cour et jardin (parcelle 236 du cadastre ancien). Dans le procès-verbal de 1794, il est dénommé "prébende Chauvel"", du nom de son dernier détenteur, Joseph-Henri Chauvel-Desportes, chanoine de Tréguier de 1787 à la Révolution. Son grand corps de logis était autrefois masqué de la rue par une petite maison à boutique (parcelle 238 du cadastre ancien) qui dépendait de la prébende (et lui servait de revenu), et dont il ne subsiste que les traces d'une cheminée engagée dans le pignon du n°12. Le reste de la prébende était masqué par un mur d'enclos avec un grand portail à portes cochère et piétonne. Au début du 19e siècle, murs et portail sont démolis pour construire à la place deux immeubles avec passage d'entrée dans la cour (parcelles 237, 232).L'hôtel forme un grand ensemble de la fin du 15e siècle, remanié à des époques différentes. Ainsi, le pignon sud du grand corps de logis est repris dans les années 1550-1560, comme en témoignent les moulures en doucine des baies (interrompues par un sifflet) et les appuis saillants moulurés. Bien que très érodé, le blason sculpté sur le linteau de la fenêtre du comble à surcroît est identique à celui sculpté sur la cheminée du pavillon de jardin, aux armes de la famille Fleuriot. Or Jacques Fleuriot est archidiacre et chanoine de Tréguier au milieu du 16e siècle. Il est donc très probable qu'il soit l'auteur de ces travaux. Le second corps de logis édifié à l'est, perpendiculairement au grand corps de logis, est repris en sous oeuvre dans la seconde moitié du 17e siècle, comme l'attestent les grandes baies à arêtes vives et les changements de matériaux dans la maçonnerie. Trois blasons sont sculptés sur les linteaux des porte et fenêtres, l'un d'entre eux appartient à la famille de Kerguenec'h, seigneurs de Kericuff, qui blasonne : ""d'argent au pin de sinople, chargé d'une pie au naturel"". Cette famille figure parmi la noblesse la plus influente de Tréguier au 17e siècle. Elle compte deux chanoines au 18e siècle : Joseph-Marie de Kerguenec'h, chanoine de 1739 à 1762, pourrait avoir vécu dans cette prébende, tandis que son neveu, Yves-Jean-Marie, avait une prébende rue Saint-François, de 1760 à la Révolution. Articulé au corps de logis secondaire, au bout à l'est, un troisième bâtiment de plan massé conserve ses caractéristiques du 15e siècle : toit à coyau, baies chanfreinées sur l'appui, pan coupé en partie basse orné d'une tête schématique. Au fond du jardin, un petit pavillon est construit dans la seconde moitié du 16e siècle (parcelle 235 du cadastre ancien), à la même époque que les travaux engagés sur le pignon sud du grand corps de logis. Sur la fenêtre aménagée dans l'angle du soubassement se trouve un blason, aujourd'hui illisible, bien que protégé par le débord de l'arête supérieure. A l'intérieur du pavillon, le linteau de la cheminée est orné du blason de la famille Fleuriot :""d'argent aux chevrons de gueules accompagné de trois fleurs [quintefeuilles] tigées et arrachées d'azur 2 et 1"".Selon les états de section du cadastre, cette demeure appartient en 1835 à Charles Illiac ainé demeurant à Tréguier. Négociant, Charles Illiac fut maire de Tréguier de 1833 à 1848. Côté rue, un portail en ferronnerie orné du monogramme ""CA"" ou ""GA"", est installé dans la seconde moitié du 19e siècle, à l'emplacement de la petite maison à boutique. Il a été déposé en 2018 pour être restauré.