L'Education de la Vierge

Identification du bien culturel

N°Inventaire

M.P.1992.5.1

Domaine

peinture

Dénomination

tableau

Titre

L'Education de la Vierge

Précision auteur

FRAGONARD : Grasse, 1732 ; Paris, 1806

Ecole-pays

France

Période de création

4e quart 18e siècle

Millésime de création

1775

Matériaux - techniques

peinture à l'huile, toile

Mesures

Hauteur en cm 92.1 ; Largeur en cm 73.1

Précisions sujet représenté

Les évangiles apocryphes accordent à la Vierge Marie, une mère nommée Anne, qui, dans sa vieillesse, aurait conçu sans péché et enfanté celle qui, à son tour, devait mettre le Christ au monde. Dès l'époque médiévale, l'une des représentations traditionnelles de sainte Anne nous la montre enseignant à la Vierge enfant : c'est le thème retenu ici par Fragonard. Sainte Anne, âgée, est assise et sa toute jeune fille, debout, se serre contre ses jambes. Elle lève le regard vers le visage maternel et pose la main sur un grand livre ouvert devant elle. Des chérubins sont dissimulés dans la pénombre qui sert d'écrin à la scène. Tous les biographes de Fragonard se sont interrogés sur la datation de cette oeuvre et Rosenberg (cat. exp. Paris, New York, 1987-1988) propose de la situer juste après le second voyage italien (1773-1774), au cours duquel l'artiste accompagne un riche financier, Pierre Jacques Onézyme Bergeret de Grancourt. On connaît trois versions de cette composition. L'une d'elle, à San Francisco, assez monumentale et d'une facture plus appuyée, pourrait être placée selon Pierre Rosenberg juste avant le périple dans la péninsule italienne. Fragonard aurait ainsi repris, quelques années plus tard, le même thème, mais avec une manière toute différente, dans l'exemplaire d'Amiens, comme dans celui de Los Angeles qui pourrait en être l'esquisse. On peut en tout cas remarquer l'évidente proximité de cette composition avec celle de Tiepolo (1696 - 1770), de sujet analogue, que l'artiste a pu admirer et copier lors de ses deux passages à Venise, en 1761 et 1774, dans l'église Santa Maria della Fava. Ce spectaculaire tableau, que l'on a prétendu inachevé, a certainement été conçu ainsi volontairement par l'artiste, qui entendait proposer une vision, mieux une révélation, avec cette touche 'brumeuse', mystérieuse et presque fantomatique. Fragonard veut ici faire admirer sa technique, son pinceau allusif, sa matière légère servie par une monochromie qui fait jouer un éventail de teintes allant de l'ocre clair jusqu'au brun sombre, grâce à une lumière contrastée et fiévreuse qui gomme les formes. Une fois encore, Rembrandt (1606 - 1669), que Fragonard semble avoir eu l'occasion d'étudier à nouveau lors d'un bref voyage en Hollande (qui aurait eu lieu en 1763-1764, 1772 ou 1775-1776 selon les auteurs), est à l'origine de cette inspiration. Le travail de Fragonard invite aussi à la méditation : cette muette conversation entre une femme et sa fillette, annonciatrice de tant de douleurs et d'espoirs. On notera enfin que la représentation de scènes religieuses est assez rare chez Fragonard, mais aussi que celui-ci paraît avoir été fasciné par de tels sujets dont il a volontiers livré des versions différentes, comme on le voit pour Le Repos en Egypte ou La Visitation. La puissance onirique d'une telle toile, toute d'étrangeté et de sérénité, mais aussi sa rigueur et son relatif 'classicisme' annoncent déjà les travaux ultimes d'un artiste dont le talent sera bientôt sollicité par la tentation néoclassique. Notice de Matthieu Pinette

Source représentation

Nouveau Testament

Contexte historique

Lieu de création/utilisation

France (lieu de création)

Informations juridiques

Statut juridique

Propriété de la commune, achat, Amiens, musée de Picardie

Date acquisition

1992

Ancienne appartenance

Vente Aubert (?), Paris, 17-18 avril 1806, (n° 13) ; Vente Walferdin, Paris Drouot, 12-16 avril 1880, (n° 66) ; Vente Baron de Beurnonville, Paris, 9-16 mai, 1881, (n° 73) ; Collection privée, Grimelius, (Non certifiée.) ; Collection privée, Turckheim A. Baron de ; Collection privée, Pourtalès Comtesse de ; Collection privée, Loys-Chandieu Marquise de, 1921, Paris ; Collection privée, Bérard Maurice, 1935, 1992

Informations complémentaires

Exposition

Paris, galerie Georges Petit, Chardin-Fragonard, 1907. (n°141)#Paris, musée des Arts décoratifs, Exposition d'oeuvres de Jean-Honoré Fragonard, 1921. (n° 27)#Copenhague, palais de Charlottenbourg, L'Art français au XVIIIème siècle, 1935 (catalogue de J. Lejeaux). (n° 69)#Paris, musée Carnavalet, Chefs d'oeuvre des collections parisiennes, 1950. (catalogue par J. Wilhelm). (n°17)#Grasse, Musée Fragonard, Fragonard, 1957. (pp. 23-24, n° 9)#Amiens, musée de Picardie, Autour de Fragonard, 1992 (cat. par V.Huchard). (p. 6, (n° 1))#Columbia, Columbia Museum of Art, Pittsburgh, The Frick Art and Historical Center, Omaha, Joslyn Art Museum, Santa Barbara, Santa Barbara Museum of Art, From the Sun King to the Royal Twilight. Painting in Eighteenth-Century France from the musée de Picardie, Amiens, 2000-2001 (cat. par M. Pinette). (pp. 160-161, n° 66)#Barcelone, Caixa Forum, Fragonard (1732-1806) Origines i influències. De Rembrandt al segle XXI, 10 novembre 2006 - 11 février 2007. (p.135, n°76)

Bibliographie

Portalis Baron Roger, 'La collection Walferdin et ses Fragonard', Gazette des beaux-arts, 1880. (p. 302) Goncourt Edmond et Jules de, L'Art du XVIIIe siècle, Paris, 1880. (p. 323) Portalis Baron Roger, Honoré Fragonard, sa vie, son oeuvre, Paris, 1889. (pp. 276, 302) Mauclair Camille, Les grands artistes. Fragonard, Paris, 1904. (p. 56) Wildenstein Georges, 'L'exposition Fragonard au pavillon de Marsan', Revue de l'art français, 7, juillet 1921, pp. 356-363. (n° 27) Brion-Guerry L., Fragonard, Milan, 1952. Réau Louis, Fragonard, sa vie et son oeuvre, Bruxelles, 1956. (p. 141) Wildenstein Georges, The Paintings of Fragonard, Aylesbury, 1960. (n° 17) Wildenstein Daniel et Mandel Gabriele, L'opera completa di Fragonard, Milan, 1972. (p. 86, n° 19) Cuzin Jean-Pierre, Jean-Honoré Fragonard. Vie et oeuvre. Catalogue complet des peintures, Fribourg, Paris, 1987. (pp. 175, 312, n° 274) Rosenberg Pierre et Stewart Marion C., French Paintings, 1500-1825. The Fine Arts Museums of San Francisco, San Francisco, 1987. (p. 166) Paris, galeries nationales du Grand Palais, New York, The Metropolitan Museum of Arts, Fragonard, 1987-1988. (catalogue de Pierre Rosenberg) (p. 474, fig. 1) Rosenberg Pierre, Tout l'oeuvre peint de Fragonard, Paris, 1989. (p. 114, n° 378) Cuzin Jean-Pierre, 'L'Education de la Vierge de Fragonard au musée de Picardie à Amiens', La Revue du Louvre, 4, 1992, pp.8-9. La Lettre des musées de France, 'Autour de Fragonard', 26, octobre, 1992, p. 2. Gazette des beaux-arts, 1993, p.12, n°49 (p. 12, n° 49) Huchard Viviane, Lernout Françoise, Mahéo Noël et Couderc Sylvie, Le musée de Picardie, Amiens, Paris, 1995. (pp. 100-101) D'un musée l'autre en Picardie, ouvrage collectif, Paris, 1996. (pp. 41, 190) Pinette Matthieu, Peintures françaises des XVIIe et XVIIIe siècles des musées d'Amiens, musée de Picardie / Somogy éditions d'art, 2006 (272 p. ; ouvrage accompagné d'un CD-Rom contenant l'intégralité des notices). (pp. 198-199, ill.)